coordonné par Stéphane Mauné

Participants : F. Bigot, O. Bourgeon, C. Carrato, S. Corbeel, Q. Desbonnets, C. Dubler, B. Favennec, M. Genin, J. Guerre, J. Kotarba, A. Malignas, S. Mauné, M. Passelac, P. Rascalou, S. Raux, C. Sanchez, G. Sanchez, S. Silvéréano, Ch. Vaschalde.

Les ateliers de potiers antiques

Cet axe se propose de rassembler et de traiter des informations et données concernant les ateliers ruraux ou urbains d’époque romaine, fabricants des objets en céramique (vaisselle de table et de cuisine essentiellement) destinés à l’usage ou à la vente locale mais aussi au grand commerce (amphores) ou à la conservation (dolia). D’un point de vue méthodologique, on se propose d’aborder, par la fouille ou le traitement de données issus de fouilles, l’ensemble de la chaine opératoire qui vise à la fabrication des matériaux de construction, dolia, amphores, céramiques fines et communes et objets divers (pesons, autels, objets divers) : seront traités à la fois la question de l’obtention des matières premières, les structures de l’atelier comme les fours ou les installations spécialisées, les techniques mises en oeuvre, l’outillage utilisé et la gamme des productions.

 

Les objectifs assignés à cet axe sont d’une part la constitution de dossiers monographiques et d’autre part la mise en perspective, à l’échelle locale et régionale, des données rassemblées afin de dégager les caractéristiques et spécificités de l’artisanat et son évolution dans le temps.

L’une des spécificités de cet axe de recherche est d’être lié très concrètement, par le biais de l’existence de trois chantiers-écoles de l’Université Paul Valéry-Montpellier 3 (Aspiran, L’Estagnola ; Ecija, Las Delicias ; Narbonne, Port-la-Natique), à l’enseignement délivré en Master 1 et 2 d’archéologie-Mention Recherche (S. Mauné et C. Sanchez) et qui porte en particulier sur la production d’amphores dans l’Antiquité. Par ailleurs, la présence en son sein de plusieurs doctorants dont les thèmes de recherche concernent la Gaule Narbonnaise ou la province de Bétique en Hispanie renforcent ce volet formation puisque les doctorants sont partie prenante de ces chantiers-écoles. Pour la Narbonnaise, deux thèses soutenues en 2014 (A. Malignas, Les céramiques culinaires du Haut-Empire en Narbonnaise centrale) et en 2016 (B. Favennec, Les ateliers de potiers tardo-antiques dans les Gaules)) apportent une série d’informations tout à fait nouvelle tandis que deux autres thèses en cours sont consacrées au timbrage des amphores et des matériaux de construction (S. Corbeel) et à la production d’amphores dans la zone littorale (F. Bigot). La dimension internationale est apportée par l’inscription de trois thèses en cotutelle avec les Universités de Séville et de Barcelone, financées par le LabEx Archimede et l’ED60 de l’UPV-Montpellier 3 ; trois des quatre thèses cités supra bénéficiant par ailleurs de codirection avec des laboratoires ou universités françaises (Université d’Aix-Marseille, Université de Paris La Sorbonne et Université Paris IV-Nanterre).

La seconde originalité de cet axe est l’orientation pluridisciplinaire des recherches en cours qui s’inscrit dans le prolongement de collaborations mises en place lors des deux programmes quadriennaux précédents. On fera, en effet, très largement appel dans ce thème à l’archéométrie — datations archéomagnétiques ; analyses physico chimiques des productions ; prospections électro-magnétiques — ainsi qu’à la paléoécologie (anthracologie et carpologie) en poursuivant les échanges pluridisciplinaires avec l’UMR5060-IRAMAT/équipe Archéomagnétisme-Rennes (Ph. Lanos dir.), l’UMR5138 MOM/Laboratoire de céramologie de Lyon (A. Schmitt dir.), l’Université de Barcelone (V. Martinez), l’ULR Valor/UMR7266 LIENs-Université de La Rochelle (V. Mathé) et l’UMR5554 ISEM-Montpellier (J.-F. Terral, L. Chabal, L. Bouby, S. Ivorra).

 

Thème 1 : Les ateliers de potiers et leurs productions en Gaule Narbonnaise (coord. P. Rascalou) ; participants : C. Carrato, S. Corbeel, B. Favennec, J. Guerre, J. Kotarba, A. Malignas, S. Mauné, M. Passelac, C. Sanchez, G. Sanchez, Ch. Vaschalde.

Il s’agit dans ce thème de traiter et d’analyser la documentation relative aux ateliers ayant produit de la vaisselle culinaire, de la vaisselle de table ainsi que des matériaux de construction. La chronologie retenue couvre la période comprise entre la fin du IIe s. av. et la fin le VIe s. ap. J.-C. Cette problématique est également abordée du point de vue des productions puisque pour un certain nombre d’entre elles, il est possible, sans que les ateliers aient été fouillés ou même localisés avec précision, de définir dans quelles micro-régions elles ont été fabriquées. Pour le Haut-Empire, les recherches d’A. Malignas conduites en Narbonnaise centrale (cités de Narbonne, Béziers et Nîmes) sur les céramiques culinaires, dans le cadre de sa thèse qui sera publiée dans le courant de l’année 2016, se poursuivent à travers des études ciblées sur un certain nombre d’ensembles urbains ou ruraux. Pour le Bas-Empire, l’achèvement au printemps 2016, de la thèse que B. Favennec a consacrée à la problématique des ateliers tardo-antiques dans les Gaules, permet de disposer d’un énorme catalogue de sites qui dépasse largement les frontières de l’ancienne Narbonnaise et met à disposition de la communauté scientifique — par le biais d’un catalogue informatisé qui devrait être accessible par le site web de l’UMR « ASM » — une somme considérable de données. Ce travail a été particulièrement fécond pour le Languedoc et renouvelle totalement la perception que l’on avait de l’activité potière à la fin de l’Antiquité.

En Roussillon, mais aussi dans la vallée de l’Aude, les recherches conduites par J. Kotarba, P. Rascalou, G. Sanchez, C. Sanchez, M. Passelac, Ch. Carrato et S. Corbeel devraient préciser la géographie des ateliers tandis que la fouille menée à Port-la-Nautique permettra de disposer pour la première fois de données concernant un atelier portuaire d’époque julio-claudienne.

La thèse que S. Corbeel consacre aux timbres sur matériaux de construction (et amphores, cf. infra) a pour objectif de préciser les modes de timbrage et de dresser des listes prosopographiques afin de mieux appréhender les conditions socio-économiques dans lesquelles ont été produits ces éléments, indispensables à la construction et à la commercialisation du vin de Narbonnaise.

Action 1 : Inventaire général des ateliers de Gaule Narbonnaise

Action 2 : Les ateliers d’époque tardo-républicaine et du Haut-Empire

Action 3 : Les ateliers du Bas-Empire et de la fin de l’Antiquité

 

Thème 2 : Les ateliers d’amphores en Gaule Narbonnaise (coord. S. Mauné ; participants : F. Bigot, C. Carrato, S. Corbeel, C. Sanchez, Ch. Vaschalde)

On sait depuis la publication en 1985 de la thèse de F. Laubenheimer, que la province de Narbonnaise a produit en masse, pendant trois siècles, des amphores essentiellement destinées au vin. En 1985, on connaissait environ 35 ateliers et la recension effectuées en 2009 a permis de tripler ce chiffre ce qui confirme bien la place occupée par la viticulture de rapport dans les campagnes. Ce thème bénéficie de deux focales distinctes : l’une concernant le territoire de la province de Gaule Narbonnaise avec deux thèses inscrites depuis 2012 et l’autre un territoire atelier (vallée de l’Hérault) où sont notamment améliorées les méthodes de fouille et d’analyses sur les centres de production.

Action 1 : Inventaire général des ateliers de Gaule Narbonnaise

Cette action est articulée autour de deux objectifs.

Le premier concerne la poursuite de l’inventaire des ateliers provinciaux seulement connus par des prospections de surface ou bien des opérations de fouille ponctuelles ou peu étendues. Le travail repose sur un dépouillement bibliographique systématique des mentions d’ateliers et la prise en compte, pour vérifications approfondies, des mentions de « simple atelier de tuiliers » qui fleurissent en archéologie préventive alors que dans bien des cas, une expertise approfondie et des analyses physico-chimiques ciblées permettraient de mettre en exergue l’existence d’autres productions, notamment amphorique. Dans un deuxième temps, est établie la fiche d’atelier qui permet de rassembler les informations, notamment celles relatives aux types d’amphores produites. Enfin, si un nombre suffisant d’échantillons typologiquement identifiable peut être rassemblé, on peut procéder à des analyses physico-chimiques destinées à établir la signature de l’atelier.

Le second objectif concerne la frange littorale de la province et la basse vallée du Rhône qui souffre, principalement en Languedoc-Roussillon, d’un déficit du nombre d’ateliers connus par rapport à l’Italie Tyrhénienne et à la Tarraconaise. Cette zone fait l’objet d’une thèse (F. Bigot) dont les résultats devraient permettre de mieux équilibrer les connaissances.

Action 2 : Les ateliers de la vallée de l’Hérault

Ce territoire atelier (thèse S. Mauné, publiée en 1998) constitue depuis le début des années 1990 une zone d’étude privilégiée où de deux ateliers répertoriés en 1985, on est passé à dix ateliers. L’un de ces ateliers a été fouillé dans le cadre d’une opération préventive (1995, Soumaltre) et trois fouillés l’ont été en opération programmée (2004, Contours à Saint-Pargoire ; 2005-2013, Saint-Bézard ; 2014-2016 l’Estagnola à Aspiran). Ces opérations de fouille ont livré une documentation matérielle très abondante avec en particulier, plus de 30 fours mis au jour. Plusieurs articles ont concerné sous une forme synthétique, les principaux résultats et des mémoires de recherche de Master 1 et 2 leur ont aussi été consacrés mais il importe désormais d’assurer la publication exhaustive des ateliers de Contours et de l’Estagnola. En ce qui concerne Saint-Bézard, la publication des données est tributaire de l’achèvement de l’exploration de la grande villa vinicole dont il reste à fouiller la moitié orientale, les deux composantes du complexe, occupées entre le début du Ier s. et le milieu du Ve s. ne pouvant être dissociées.

L’un des objectifs de l’équipe qui depuis 2005 travaille dans cette zone est également de poursuivre la fouille raisonnée des ateliers aspiranais restants, Fabrègues et Marouch. Le premier, en particulier, a fait l’objet en 2015 d’une prospection magnétique qui a confirmé la présence de plusieurs fours et l’on espère à brève échéance pouvoir en commencer la fouille. Par ailleurs, une attention particulière est portée à la question du combustible et à l’exploitation des ressources en bois à travers l’analyse de lots de charbons de bois provenant des trois ateliers récemment fouillés (Ch. Vaschalde).

 

Thème 3 : Les ateliers d’amphores à huile Dr. 20 et Dr. 23 dans le bassin du Guadalquivir (Andalousie, Espagne) (coord. S. Mauné ; participants : O. Bourgeon, S. Corbeel, Q. Desbonnets, C. Dubler, I. Gonzalez Tobar)

L’objectif de ce thème qui correspond à deux programmes internationaux successifs du LabEx Archimede-ANR-11-LABX-0032-01 (PAEBR et OLEASTRO) est de traiter la documentation concernant les ateliers d’amphores à huile, une centaine au minimum, qui, dans le triangle de navigabilité du Guadalquivir défini dans les années 1980 par M. Ponsich, ont produit pendant presque cinq siècles des Dr. 20 puis des Dr. 23. Si les Dr. 20 ont bénéficié depuis les années 1870 et les premières recherches sur le Monte Testaccio à Rome, d’un intérêt certain de la part des historiens et des archéologues en raison de l’existence d’une multitude de timbres (plus de 2500 familles référencées en 2008) mais aussi d’un nombre très important de marques peintes qui constituent une documentation épigraphique de premier ordre, il n’en va pas de même des ateliers producteurs. Rien ou presque n’est par exemple connu de leur emprise au sol et très peu de fouille ont été effectuées ; quant à leurs chronologies respectives, elles n’ont été établies qu’à partir des datations fournies par les timbres et les tituli picti si bien que certaines phases de production, en particulier celle datée des règnes d’Auguste et de Tibère mais aussi et surtout les plus tardives (IVe et Ve s.) sont largement ignorées parce qu’il s’agit de périodes pendant lesquelles on timbrait très peu, voire pas du tout. Finalement, l’approche par atelier n’a été réalisée qu’à travers le prisme des timbres (monographie de P. Berni Millet parue en 2008 et ex. de l’atelier de La Scalensia, également publié en 2008), certes d’un très grand intérêt scientifique, mais qui ne règle pas la question de la caractérisation de ces sites de production et de leurs liens avec les établissements ruraux, villae et agglomérations qui parsemaient le territoire de la Turdétanie.

On doit enfin s’interroger sur l’approvisionnement en combustible des centaines de fours qui ont produit ces amphores. Quel a été l’impact du développement de cette proto industrie sur le couvert forestier ? Quelle est la part du recyclage des déchets oléicoles (grignons) dans cet approvisionnement ? Une autre question concerne enfin l’identité des variétés d’oliviers utilisées par les huileries et au sujet desquelles on se sait rien.

Trois actions de recherche qui couvrent en fait les trois zones de production des conventus d’Astigi/Ecija, d’Hispalis/Séville et de Cordoba/Cordoue ont été définies, présentant chacune un certain nombre de spécificités, et font l’objet de recherches utilisant une méthodologie commune. Les travaux s’appuient sur des enquêtes orales approfondies, des prospections systématiques des ateliers déjà connus, des prospections systématiques à l’aveugle et la fouille d’ateliers témoins. Les méthodes utilisées sont celles mises en œuvre en Languedoc depuis les années 1980 ; concernant les fouilles, l’accent est mis sur les prélèvements carpologiques et anthracologiques et sur l’analyse des modes de construction en terre et fragments de Dr. 20. La réflexion s’appuie notamment sur l’établissement raisonné, par atelier, de l’ensemble de la documentation épigraphique disponible (timbres et graffites) dont la représentation graphique est normalisée (empreinte au silicone et photographie) et sur un échantillonnage des variantes d’amphores Dr. 20 et/ou Dr. 23 visibles sur site (dessins de section de bord automatisée). Le travail s’organise autour de trois problématiques :

  • Caractérisation des ateliers et de leurs productions (chronologie, caractéristiques topographiques, catalogue des timbres, chronologie des productions)
  • Insertion des ateliers dans le réseau des établissements ruraux, villae et agglomérations antiques
  • Caractérisation des approvisionnements en combustible

Plusieurs institutions françaises et espagnoles appuient et financent ce thème : LabEx Archimede de Montpellier, UMR5140 « ASM », Université de Séville, Casa de Velázquez de Madrid, Service archéologique municipal d’Ecija, l’UMR5060-IRAMAT/équipe Archéomagnétisme-Rennes, UMR5554 ISEM-Montpellier et Université de Jaén.

Action 1 : La vallée du Genil (conventus d’Astigi) (O. Bourgeon, S. Mauné, S. Corbeel, Q. Desbonnets, C. Dubler, V. Pellegrino)

Cette action a été mise en place lors du précédent quadriennal, en 2013 et correspond au programme PAEBR financé par le LabEx Archimede, achevé en 2015 et dont les résultats sont sous presse ou seront utilisés par O. Bourgeon dans le cadre de sa thèse. Celle-ci bénéficie d’un contrat de recherche doctoral de 3 ans (O. Bourgeon) et les recherches ont permis de rassembler l’ensemble des données sur la vallée du Genil qui constituait l’épine dorsale du conventus d’Astigi/Ecija. L’atelier de Las Delicias a bénéficié de trois campagnes de fouille qui ont permis de dégager une huilerie, deux grands fours ainsi que d’importants dépotoirs. Plus de 600 timbres ont été recueillis lors de cette opération qui a également permis de recueillir de très abondants ensembles anthracologiques et carpologiques (noyaux d’olives).

Action 2 : La basse vallée du Guadalquivir : le conventus d’Hispalis (Q. Desbonnets, S. Mauné, S. Corbeel, C. Dubler, O. Bourgeon)

Cette action a commencée en 2015 avec la réalisation par Q. Desbonnets d’un mémoire de Master 2 consacré à cette zone qui se distingue des deux autres par la présence d’une dizaine d’ateliers dont une partie des timbres mentionnent le terme « portus », mot latin polysémique recouvrant une réalité très complexe mais désignant probablement des ateliers bénéficiant d’un statut et/ou d’un régime fiscal ou administratif particulier. Le travail de recherche prévu dans ce secteur, qui s’inscrit dans une thèse financée, comprend notamment un volet de prospections pédestres et la mise en place de sondages ciblés sur une série d’ateliers.

Action 3 : La moyenne vallée du Guadalquivir : le conventus de Cordoba (I. Tobar Gonzalez, S. Mauné, S. Corbeel, C. Dubler, O. Bourgeon)

Cette action a débuté en 2015 avec la réalisation par I. Tobar Gonzalez, d’un mémoire de M1 consacré à la zone de production de la Estrella-Picacho. Ce groupe de quatre ateliers, vraisemblablement lié à une riche villa appartenant peut-être à une famille clarissime a fait l’objet d’un important travail méthodologique qui a permis de dresser un état des lieux complet et ordonné de la documentation accumulée depuis la fin du XIXe s. Les recherches sont étendues (campagne de prospections pédestres) en 2015-2016 aux 26 ateliers existant entre Palma del Rio et El Temple, à l’aval de Cordoue et constituent le socle d’un projet de thèse qui devrait démarrer en octobre 2016 et sera inscrite en cotutelle à l’université de Cordoue (Prof. E. Melchor). La proximité de la capitale provinciale, Cordoba, explique vraisemblablement la bonne représentation, par rapport aux deux autres conventus considérés, des familles sénatoriales parmi les centaines de timbres connues.