Volcanisme, climat et peuplement paléolithique en Méditerranée : des interactions complexes

 

Au sein du programme de recherche pluridisciplinaire « Le peuplement paléolithique des Abruzzes : le gisement de Valle Giumentina dans le cadre du Paléolithique ancien et moyen d’Italie et d’Europe », une équipe de recherche franco-italienne coordonnée par l’École Française de Rome en collaboration avec le CNRS (UMR5140 ASM, UMR7041 ArScAn, UMR7264 CEPAM, UMR8212 LSCE, UMR8591 LGP), le Museum National d’Histoire Naturelle de Paris, le CEA et l’Università di Siena a mis en évidence un lien entre éruptions volcaniques, changement climatique, formation des sols et phases d’occupation humaine au Paléolithique inférieur dans le sud de l’Europe. Les résultats viennent d’être publiés dans la revue Quaternary Science Reviews.

Retrouvez cet article sur le site ScienceDirect (disponible pour tous jusqu'au 14 mars 2018)

 

 Résumé des recherches :

Le site archéologique de Valle Giumentina, situé en Italie centrale dans la région des Abruzzes entre la chaîne des Apennins et la mer Adriatique, contient une séquence pédosédimentaire caractérisée par la présence exceptionnelle de douze niveaux d’industries paléolithiques non remobilisées à éclats de silex et/ou bifaces au sein d’une succession de d'anciens sols remarquablement bien datés. Cette séquence offre une excellente opportunité d’étudier les relations entre altération pédologique, volcanisme et changement climatique à l’échelle des cycles glaciaire/interglaciaire et des variations millénales en Méditerranée durant le Pléistocène moyen, ainsi que les interactions Hommes-environnement de certaines des premières implantations humaines en Europe du sud.

Des analyses géochimiques et de susceptibilité magnétique à haute résolution révèlent la présence de onze paléosols, dix d’entre eux s’étant formé entre 560 000 et 450 000 ans. L’évolution de la composition des éléments majeurs et traces suggère que les paléosols furent principalement formés par altération chimique in situ de la roche-mère. L'analyse statistique des données géochimiques montrent que les phases majeures d’altération pédologique se produisirent en période interglaciaire entre 531 000 et 511 000 ans ainsi que durant des épisodes de changements environnementaux rapides associés à des oscillations climatiques caractérisées par des conditions plus humides en périodes glaciaires vers 556 000 et 455 000 ans.

Bien que les forçages globaux dus aux variations de l’orbite terrestre, de l’irradiation solaire ou des concentrations de gaz à effet de serre purent influencer les processus pédogénétiques, le volcanisme régional, les changements climatiques en Méditerranée et les dynamiques tectono-sédimentaires dans le bassin de Valle Giumentina ont aussi impacté et déclenché la formation de la plupart des paléosols. Ceux-ci ont probablement offert des ressources nécessaires à la subsistance des communautés humaines du Paléolithique inférieur, aboutissant à une occupation du territoire qui semble avoir été relativement plus intense à partir de 500 000 ans.

Les groupes humains de Valle Giumentina vécurent dans des environnements diversifiés et se sont adaptés au stress environnemental induit par l’appauvrissement des ressources paléo-écologiques et pédologiques. Ce travail illustre l’importance d’obtenir des enregistrements paléoenvironnementaux avec une haute résolution temporelle et une chronologie précise au plus près des sites archéologiques afin d’étudier les interactions Hommes-environnement.

 

 

Référence :

Degeai, J.-P., Villa, V., Chaussé, C., Pereira, A., Nomade, S., Aureli, D., Pagli, M., Nicoud, E., 2018. Chemical weathering of palaeosols from the Lower Palaeolithic site of Valle Giumentina, central Italy. Quaternary Science Reviews 183, 88-109. https://doi.org/10.1016/j.quascirev.2018.01.014

 

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