Une équipe du programme OLEASTRO, dirigée par I. Gonzalez Tobar, S. Mauné (ASM-CNRS), O. Tiago Seoane, avec la collaboration de E. Garcia Vargas (Univ. De Séville) et d’O. Arvidsson vient de mettre au jour au lieu-dit « El Mohino » (Palma del Río), sur la rive gauche du Guadalquivir, huit grands fours circulaires du Ier s. ap. J.-C. destinés à la production d’amphores à huile Dressel 20.

 

 

Oleastro Fig1 localisationCette découverte a été rendue possible grâce aux prospections pédestres effectuées en 2016 par I. Gonzalez Tobar et une équipe d’étudiants espagnols et français (projet Oleastro 2 et projet Oleastro). Trois concentrations très nettes de mobiliers archéologiques avaient été mises en évidence sur une surface globale de plus de 6 ha grâce à un rigoureux travail méthodologique (Fig. 1).

- La première, Mohino 1 semble pouvoir être identifiée comme le siège de la figlina de Marcus Aelius Alexander dont le gentilice Aelius renverrait à la famille d'Hadrien, originaire d’Italica, ville située à environ 30 km au sud-ouest. La chronologie de cet ensemble a été fixée grâce aux timbres et éléments de formes d’amphores aux années 20-40/50 ap. J.-C. Outre des amphores à huile, il produisait également des amphores à vin de types Haltern 70 et Dr. 2-4.

- Le second ensemble, Mohino 2, situé au nord-est, correspond vraisemblablement à un vaste établissement comportant de l’habitat ainsi que des traces de production d’amphores : l’atelier intégré à ce site, qui reste occupé jusqu’au Ve s., porte le nom de figlina Serv(iana) ou Serv(iliana) comme l’indiquent les timbres recueillis. Cette fabrique a été active entre les années 70 et le milieu du IIe s.

 

Timbre- Enfin, le troisième ensemble, Mohino 3, a livré un abondant mobilier indiquant une activité soutenue, datée entre 70 et 120 ap. J.-C. Deux figlinae auraient été en activité : la Scalensia, dont le siège se trouvait à moins de 2 km au nord-ouest, au lieu-dit « Cerro de Pesebres » (Barea et alii 2008), ainsi que la Tallianensia. Les timbres de la première — SCALENSIAPHI — sont inédits et inconnus au Cerro (Fig. 2) ; ils associent comme l’a bien montré I. Gonzalez Tobar, le nom de la figlina et celui du responsable de l’officine, Phi(lodamus), sans doute un esclave ou un affranchi. On serait donc là en présence d’une succursale de la maison mère du Cerro de Pesebres.

Mohino 1 et 3, semblent limiter un vaste espace, probablement une cour dont le côté occidental comportait peut-être une huilerie comme l’indique la présence d’une concentration de briquettes d’opus spicatum, éléments en terre cuite traditionnellement mis en œuvre pour construire le sol des aires de pressurage.

 

prospectionsLes prospections magnétiques réalisées par F. Lévêque et son équipe de l’UMR7266 LIENSs (CNRS et Université de La Rochelle) à la suite de ces recherches (projet Oleastro 3), sur une emprise de plusieurs hectares, ont permis de localiser avec une précision centimétrique deux ensembles bâtis rectangulaires distant de 70 m, comportant chacun quatre fours, à l’emplacement de Mohino 1 et 3. Ces prospections à haute résolution ont donc confirmé l’existence des ensembles révélés par les prospections pédestres (Fig. 3).

 

 

 

prototypeUne opération de fouille a été mise sur pied à l’automne 2017 pour mettre au jour ces figlinae et poursuivre les recherches archéomagnétiques, le but de celles-ci étant, au delà de la localisation des fours, de tenter de dater par simple prospection de surface, la période d’abandon de ces derniers. Aujourd’hui, pour dater la fin de fonctionnement de fours (par des mesures de fixation sur le nord magnétique des éléments de fer contenu dans les matériaux de construction des fours, lors de la dernière cuisson), on est obligé de recourir à la fouille, à des prélèvements manuels et à des analyses en laboratoire. Le processus est donc coûteux en temps et en moyens financiers. L’objectif du travail expérimental réalisé à El Mohino est, du point de vue de la physique, atteignable mais les instruments de mesure et les outils d’analyse mathématiques et physiques sont à améliorer voire à inventer (Fig. 4).

L’un des objectifs de cette fouille est également de rassembler des lots de charbons de bois et de noyaux d’olive pour analyser la dynamique du combustible utilisé dans les fours. Les noyaux permettront également de préciser, comme à Las Delicias, les variétés d’olivier utilisées pour la production de l’huile ; enfin, l’exploration des fours permettra de documenter leur morphologie et les solutions techniques mises en œuvre entre les années 20 ap. J.-C. et la première moitié du IIe s. pour améliorer leur rendement et leur résistance aux hautes températures.

 

Mohino 1 et 3Mohino 3La fouille qui vient de commencer a permis de dégager les deux ateliers et a confirmé la présence de deux ensembles de quatre fours (Fig. 5 et 6). Cette opération bénéficie d’un partenariat de recherche/développement avec la société Airdronebuilder basée à Cordoue qui travaille notamment sur les prospections aériennes thermiques.

 

 

Mohino 1À Mohino 1 ont été mises au jour deux batteries de deux fours circulaires ouvrant sur une vaste fosse d’accès intégrée dans le bâtiment. Ces unités de cuisson sont dans un état de conservation qui paraît exceptionnel puisque le décapage mécanique a été arrêté sur le niveau de destruction des laboratoires, peut-être conservés sur 70 cm à 1 m de hauteur (Fig. 7)

 

 

 

Mohino 3À Mohino 3, un premier four (FR5) circulaire de 4,70 m de diamètre est implanté dans un bâtiment et une batterie de trois fours circulaires de taille inférieure (4,10 m de diam.) est ensuite ajoutée (Fig. 8). L’état de conservation est ici aussi remarquable : le four 5 a conservé sa façade alors que celles des autres fours se sont tout ou partie effondrées dans la fosse d’accès.

Dans les deux ateliers, les niveaux de comblement des fosses d’accès sont identiques : pans écroulés de murs en terre massive provenant des élévations des murs des bâtiments, façades effondrées de certains des fours et couches constituées des rebuts de production de fours continuant à fonctionner. Ces dépotoirs mêlent les cendres issues du nettoyage des alandiers et de foyers des fours et les fragments d’amphores qui se sont fissurées lors de la cuisson. Ils constituent une mine d’informations qui va permettre de qualifier les productions des figlinae tout en précisant encore davantage, leur chronologie.

 

Oleastro Fig9 AtelierMohino1 vignetteLes enjeux scientifiques de cette opération franco-espagnole sont donc pluridisciplinaires ; ils concernent l’archéologie, l’archéométrie, l’anthracologie et la carpologie. Ils devraient permettre de progresser de façon significative dans l’histoire de cette proto-industrie qui pendant plus de trois siècles a fourni à la partie occidentale de l’Empire romain et à l’Vrbs, des dizaines de millions d’amphores à huile, assurant ainsi l’équilibre et la sécurité alimentaires de sa population.